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Passion & Patrimoine

Rue Saint - Ethon, 32

7181

Feluy

0496/53.77.85

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Délaisser notre patrimoine serait une erreur fondamentale mais surtout un manque de respect vis-à-vis de nos " anciens ". Ceux-ci ont construit notre présent et nous serons, inéluctablement, un jour, ces mêmes anciens qui le transmettront à nos enfants. Nous nous devons, dès lors, d'en prendre conscience aujourd'hui même.
Il en est de notre pleine responsabilité !

Christian Lisbet

 

C'est dans ce contexte qu'est née l'association Passion & Patrimoine dans notre entité seneffoise. Passionnés par notre très exceptionnelle richesse patrimoniale, quelques bénévoles se sont regroupés en vue de préserver et de valoriser notre patrimoine monumental, architectural, artistique et culturel. Dans cette optique seront mis en place des projets particuliers se rapportant à la sauvegarde, à la sensibilisation et à la connaissance de notre patrimoine.

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Ce symbole est la signature de notre association. Il reprend les deux initiales de chacun des termes essentiels de " Passion & Patrimoine ", à savoir les deux lettres " P ".
Celles-ci, en s'entrelaçant, sont à l'image des nombreux signes lapidaires laissés par nos maîtres de carrière et nos tailleurs de pierres sur nos édifices et monuments.

 

 Projet 2009 : restauration de la chapelle Saint Ethon à Feluy (Hainaut-Belgique)

Il est de chapelles qui, comme cela, au détour d'un chemin, semblent ne pas vouloir se révéler tant leur simplicité architecturale extérieure attire peu les regards. C'est le cas de la petite chapelle Saint Ethon à Feluy. Trop longtemps masquée par les végétations sauvages qui l'entouraient et abandonnée de tous, elle vient de vivre, en ce début de printemps 2009, une cure de jouvence, grâce au dynamisme de quelques passionnés du patrimoine local. Une étude minutieuse et approfondie de l'édifice a été menée afin de définir les divers travaux à effectuer. Tout en respectant scrupuleusement les matériaux utilisés autrefois, un entrepreneur a entamé les travaux de restauration de la chapelle dès le mois de mars 2009, assisté de deux de ses ouvriers. Ces travaux ont duré environ 40 jours. Il est bon de rappeler que ceux-ci ont oeuvré tout à fait gracieusement. Elle a ainsi retrouvé toute la splendeur qu'elle méritait et livré quelques-uns de ses plus beaux secrets.
Notons que saint Ethon peut également s'écrire saint Etton (Eton, Eto)  comme on le voit souvent stipulé dans le Nord de la France à Dompierre-sur-Helpes, Fuchau, ...

Un peu d'histoire ...
Moine missionnaire irlandais, saint Ethon fait partie de ceux, qui dans le courant du VIIe siècle, s'en iront évangéliser les terres du continent. L'influence du monachisme irlandais aura, sans détour, une part déterminante dans l'histoire religieuse de nos régions. La naissance de nombreux monastères et abbayes témoigne encore aujourd'hui de ce riche passé spirituel. Certains membres des familles mérovingiennes, dont Walbert IV, intendant de Clotaire II, père de sainte Waudru et de sainte Aldegonde (patronne de l'église paroissiale de Feluy) ne resteront pas insensibles au savoir de ce foyer culturel chrétien venu de " l'île des Saints et des Savants ". Ainsi, la citation de saint Ethon à la lecture du très controversé testament de sainte Aldegonde, en fin du VIIe siècle, marque bel et bien, les liens qui les unissaient.

Le périple missionnaire de saint Ethon (590-662) semble commencer à Bienvillers-au-Bois. Ensuite, il descend vers l'Italie et après avoir été consacré évêque en la basilique de saint Constantin à Rome, il s'en vint finalement s'établir à Fussiau (Fuchau), petit hameau de Dompierre-sur-Helpe en Thiérarche française. Il y fondera un ermitage en l'honneur de saint Pierre (Domini Petri, Dompierre). Dépossédés de ses reliques au milieu du XIIe siècle, les habitants de Dompierre s'en iront les rechercher à Liessies, dès la Révolution française de 1789. Lui attribuant la guérison d'un jeune vacher sourd et muet, on le voit toujours représenté avec un boeuf à ses pieds. C'est la raison pour laquelle saint Ethon est honoré pour la protection et la bonne fécondité du bétail. Auparavant, à Feluy, il semblerait que les fermiers faisaient trois fois le tour de la chapelle avec leurs vaches et leurs chevaux, en implorant le saint par des prières, en vue de les protéger des maladies.

Honorant à la fois saint Ethon et saint Gorgon, cette petite chapelle feluysienne, nous pose, un petit mystère bien difficile à résoudre, en ce sens, que saint Gorgon est signalé martyr romain du IIIe siècle (245-313) et que rien ne semble encore aujourd'hui les unir. Toutefois, mes recherches semblent m'indiquer qu'il ne faudrait pas nécessairement voir en lui, le saint martyr désigné précédemment mais plutôt s'orienter vers un autre saint d'Outre-Manche du IXe siècle (san Cogo), dont la légende le voit, originaire du Pays de Galles ! Ou n'y-a-t-il là, qu'une conjonction toute simple et sans lien de deux saints patrons comme il arrive assez fréquemment.

Si l'architecture extérieure de la chapelle ne semble pas attiser toute notre curiosité, il nous suffit, pour cela, de pousser la porte pour voir notre regard exploser d'émerveillement devant l'autel en pierre bleue de Feluy, chaleureusement fleuri, où l'on verra le saint magnifiquement sculpté dans une seule masse de pierre. Une petite tête de vache, encornant très probablement un hérisson, amplifie encore la beauté de l'ouvrage. Cet autel de style Louis XV, dévoile assurément le savoir-faire de nos tailleurs de pierre. Pourtant, ici, la froideur subjective de la pierre s'associe en harmonie avec la chaleur de l'intérieur de la chapelle. Le lieu est enchanteur et remarquablement apaisant. L'édifice agrandi en 1756, révèle aussi quelques marques et signatures lapidaires, des écritures, un bénitier en pierre bleue. Une coquille, discrètement usée, marque l'endroit de passage et de recueillement des pèlerins vers Saint-Jacques de Compostelle. L'étude des différents biseaux de la taille de la pierre évoque la présence d'un autel primitif. Il faut rappeler qu'une " croix saint Ethon " est déjà signalée dès 1450 !

Et comment ne pas s'émerveiller plus encore devant ce que le ventre de l'autel va nous révéler : un petit caveau de briques au fond duquel apparaît une petite pierre bleue en forme de réceptacle ! Est-ce une petite pierre ayant réceptionné, en son temps, une parcelle des reliques du saint patron, un ossuaire ou tout simplement un plateau à offrande ? Et depuis quand existe-t-il ? Le passage destructif des iconoclastes brabançons du XVIe siècle a-t-il malheureusement effacé à jamais, ce qui aurait pu, un jour, résoudre l'énigme de saint Ethon ?

Assurément, cette chapelle est bien à l'image de son saint patron : la discrétion ...

Christian Lisbet.
Passionné l'histoire locale et d'art.

Anne Deliège
Licenciée et agrégée en Archéologie et Histoire de l'Art.


Projet 2011-2012 : Restauration du tableau " La Vierge à l'Enfant " (v. 1591-1600).

L'objet du patrimoine culturel de l'église Sainte-Aldegonde de Feluy qui a été proposé à ce projet de restauration est précisément un tableau (102 x 75,5 cm) sur lequel figure la Vierge à l'Enfant avec Jean-Baptiste. Il s'agit d'une peinture à l'huile anonyme, réalisée sur support de bois (constitué de trois panneaux probablement en chêne et d'une délicate finesse de taille). Ce travail est actuellement attribué par l'IRPA (l'Institut Royal du Patrimoine Artistique à Bruxelles, qui se consacre à l'étude et à la conservation des biens artistiques et culturels du pays) à l'école italienne, et daté vers 1591-1600. L'état de lisibilité de l'image peinte était affecté par le temps. Elle était vulnérable puisqu'aussi matérielle, et nécessitait de retrouver un équilibre entre la préservation de sa dimension historique et la jouissance esthétique. Une décision de conservation s'imposait urgemment, vus les soulèvements de la matière picturale, mais surtout par la présence de zones lacunaires révélant la nudité du support.

Ce tableau illustre un sujet qui appartient à  la tradition de l'image occidentale : la Vierge à l'Enfant. Celle-ci apparaît à notre regard dans une fidélité au traitement iconographique (l'attitude assise, l'Enfant sur ses genoux faisant de la main droite le signe de la bénédiction latine ; vêtue d'une robe rouge et d'un manteau bleu, symboles de sa dimension humaine et de sa nature divine). L'atmosphère est sereine, sans théâtralité, son visage est empreint de douceur et de retenue. Toutefois, son corps est large, et de chair, loin de la codification sacrée et figée des modèles antérieurs. Elle semble plus proche de la Madone (dans la présence physique d'une "simple femme", distincte d'une reine - pas de couronne sur la tête, ni d'auréole dorée) selon probablement la conception italienne après la Renaissance. Comme l'attesterait aussi le choix de la représentation de Jean-Baptiste enfant, sous les traits d'un bambin aux chevaux bouclés.

Un travail artistique (de plus, de belle facture), n'était pas conçu pour rester dans l'ombre de la sacristie. Cela en devenait d'ailleurs une des conditions essentielles à l'acceptation du projet de sa restauration sous la direction du professeur O. Verheyden de l'Institut Saint-Luc de Liège. Dans ce cadre, le tableau a fait l'objet d'une étude technique, historique, d'analyses scientifiques, durant l'année scolaire 2011-2012, afin de pourvoir au mieux à la restitution juste et respectueuse de ce qui le compose. Il devait à son retour trouver place dans le corps lumineux de l'église de Feluy. Là, il se donne, se recrée maintenant en nous dans un nouveau temps de conscience et de considération. Il est l'expression d'un geste, d'une pensée humaine et constitue un moment de l'histoire de l'art, et de notre histoire - dont nous sommes pleinement responsables.

Anne Deliège
Licenciée et agrégée en Archéologie et Histoire de l'Art.

Christian Lisbet
Passionné d'histoire locale et d'art.

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